jeudi 20 décembre 2007

Haricots de fête

Quand on a nom ‘Auguste’, il va de soi que tout désir devient ordre ! Pour sa visite, Auguste souhaitait des haricots, il fallait donc préparer des haricots ! Ils aiment à faire trempette une nuit, à méditer sur les vicissitudes de la vie de haricots, avant d’être mis au pot.

Mais auparavant, il faut trier et ôter les indésirables bouts de n’importe quoi, comme jadis à la veillée se triaient les lentilles du lendemain ! Je venais de m’y mettre quand, obscurité soudaine dans la cuisine, délestage !

Une bougie pour m’éclairer, j’ai poursuivi ma tache dans le salon, cassé sur la table basse, maugréant contre ces gens qui… ces gens que… enfin, ces gens qui m’empêchent de trier sereinement mes haricots à la cuisine !

Quand le tri me paru fait, j’allais pour les laver et, ce que, le nez sur mes haricots et les yeux dans l’ombre de la bougie, je n’avais pu voir, la cuisine était éclairée ! Alors j’ai trempé mes haricots en maugréant contre ces gens qui, ces gens que, ces gens qu’enfin … !

Et, à l’heure de les mettre au pot, je m’aperçois qu’au fond, je fais toujours la même cuisine : de l’oignon, de la tomate, de l’ail et du piment et ces autres choses qui peuvent se trouver ou passer à portée : je fais de la sauce ; le riz, les pâtes, l’igname ou le gari ou le je ne sais quoi qui se trouve là, ne sert en fait que de garniture, d’accompagnement à ma sauce, le génie est dans la sauce, pas dans les haricots !

Ce matin de Tabaski (Aïd El Kébir) j’ai entendu se plaindre un mouton qu’il ne voulait pas aller à la fête, qu’il n’aimait pas la fête ; surtout qu’on l’avait séparé de ses frères, qu’il n’avait pas même eu le temps d’aller saluer son vieux père, on l’avait lié par les cornes, entravé et emmené sans douceur ; dans ce lieu qu’il ne connaît pas, où il ne connaît personne, où l’on parle de fête ! Il ne comprend pas ce qu’on veut et attend de lui, mais enfin, pourquoi donc personne n’explique jamais ?

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